PARADIS – 22 JUILLET 1991« Hey les gars ! J'ai une putain d'idée pour le prochain !
- Ah ouais ? Bah vas-y racontes-nous !
- Bon ce serait un gars hein, parce que les filles ont en fait des tas de différentes alors à force c'est plus drôle... Il serait châtain-blond, yeux bleus, bref sur le papier ça sonne bien mais en réalité c'est un vrai thon !
- Déjà moi j'aime bien !
- Clair ! Continues, ça nous intéresse !
- Et le gars, en plus de ça, il aurait une petite enfance où il serait heureux, mais le passage de l'enfance au stade adulte, lui, serait catastrophique...
- Ça continue bien ! C'est sympa ce contraste...
- Dans son enfance, il vivrait donc heureux, entouré de pleins de personnes qu'il aimerait et qui l'aimeraient. Un monde de couleurs, où ses joies seraient nombreuses, ses fascinations infinies. Il irait se balader avec sa famille le dimanche, il irait voir les frangins pour jouer au foot, il irait dormir avec eux dans la tente au fond du jardin. En plus de ça il aurait une chienne avec qui il serait complice, et ce serait quelqu'un qui fait rire par son décalage.
Mais viendrait alors l'époque où tout dérape : on ferait décéder son père, puis sa chienne avec qui il aura été tant complice.
- Bonne idée !
- Son monde de couleur ne serait alors qu'illusion : il ne serait encore visible que dans la conscience de ce encore jeune homme. Après la mort de son père, il apprendrait alors des secrets qu'il garderait pour lui, ce qui lui fera prendre conscience d'une chose : la nature humaine est perfide est égoïste. Elle paraît à tous les abords gentilles, mais il y a toujours chez quelqu'un un fond néfaste, qui se répercute un jour sur les autres. Mais lui n'aurait pas de fond néfaste, et quand il verrait sous ses yeux abasourdies cette vérité, son monde de couleur serait véritablement brisé en deux.
- Encore une raison de plus pour créer ce petit homme ! Je sens qu'il va y avoir du spectacle !
- Et comme si tout ça suffisait pas, il aurait en 3° un gars qui le ferait chier, non pas en lui faisant subir des moqueries, ça ce serait les cons du collège qui lui ferait subir ça, mais el le collant, ne lui laissant plus une minute de répis. L'homme, bien trop gentil pour lui dire de dégager, essayerait de se protéger. Et c'est là qu'on introduirait la vraie menace : il tomberait amoureux d'une fille qui le taquine à propos de ce gars... Leur complicité grandirait vite, jusqu'à ce que l'homme décide de franchir le cap, se basant sur de petits détails hasardeux... Mais bien sûr, malgré ses sentiments pour elle, la fille refuserait ses avances. Le gars n'aurait pas attendu assez de temps. Et il espérerait pouvoir faire comme si de rien n'était à la rentrée. Mais la fille, elle, le rejette comme une pauvre merde. Il n'oserait pas se défendre, il serait bien trop lâche. Et il irait même jusqu'à cacher à son meilleur ami ce qu'il s'est passé pendant 6 mois.
- Oui, ce serait vraiment super...
- Ses week-ends se ressembleraient tous, il serait assis sur son lit, se lamentant. Il ne se remettrait pas de ce brutal changement de situation, et n'oserait même pas aller reparler à la fille, car il serait trop lâche. 1 an et demi passerait et toujours rien... Il serait alors au lycée, en seconde, parmi une classe avec qui il aurait pu être heureux, mais par ce simple accident de c½ur il serait tout sauf heureux... Il se trouverait alors une passion pour le cinéma, une échappatoire qui lui permettrait de mieux tenir le coup... Mai hélas ce ne serait pas suffisant. Malgré son apparence souriante, il serait malheureux. Jusqu'à ce qu'il réussisse enfin à aller parler à la fille, juste avant les vacs. On lui ferait croire alors que ça y est, peut-être aurait-il des chances de l'oublier en lui parlant. Mais à la rentrée suivante, il n'aurait alors droit qu'à un bonjour en passant, et encore... Par sa lâcheté, il n'oserait même pas aller lui parler plus longtemps...
- Et ?
- Rien ne se passerait. Il laisserait aller le temps, à vrai dire il n'aurait pas le choix. Mais il se sentirait seul, désespérément seul, et il regretterait sa petite enfance où tant de choses le fascinaient. Pour tenir le coup, il serait obligé de se faire rire lui-même. Il serait très tête en l'air, puisque ce monde où il serait n'aurait pas de place pour lui.
- Bien ! Autre chose ?
- Non, le script est encore en cours d'élaboration... »
Et le lendemain, je suis né.
« Qu'il soit:
- Comme la braise qui réchauffe
- Comme la paix que rien ne trouble
- Comme l'amour qui fait le monde
Jean-Côme est venu nous rejoindre le 23 juillet 1991 »