Je me réveille vers 7 heures, dans les rues de Paris, ébloui par le chaud soleil d'été. J'ouvre les yeux, mais ne bouge point de mon installation de cartons. Un léger vent frisquet vient se longer le long de mes joues et je frissonne.
Je vois au loin des personnes qui se bousculent pour le pain frais de la boulangerie. Certains sont en robes de chambres, d'autres en costar. C'est fou le nombre de vieux qu'on croise à cette heure là par rapport au nombre de ces derniers que l'on croise en pleine journée! Je me dirige vers ces gens, m'extirpant maladroitement de mon installation improvisée: peut-être pourrais-je avoir un peu de sous ou à manger.
Mais l'homme est une espèce perfide et égoïste: je n'eu le droit qu'à un croûton de pain par le boulanger qui me demanda en échange de déguerpir. Et malgré les cinq autres boulangeries où je mendie, ce fut mon seul petit-déjeuner. Après avoir fait la manche, je me suis alors dirigé vers les toilettes publiques: j'y ai croisé que j'avais déjà vu. Je commençais à avoir l'habitude des lieux. Comme moi, ils étaient des clochards, et comme moi ils étaient là pour se laver rapidement avec l'eau gelée et pour faire leurs besoins. L'air qui y était respirable avait un goût fade: d'un côté, il y avait le côté chaud du soleil d'été, mais d'un autre il y avait le côté humide qui était difficile à supporter en hiver avec l'eau gelée et que je détestais étant gosse. Cela me donnait une impression d'inhospitalité. Repensant ainsi à la dure période de l'hiver, je me mis à siffloter une chanson en sortant de ces satanés chiottes.
Et je m'assis à un bon coin que j'avais trouvé, histoire de faire la manche. Durant les quelques heures avant le déjeuner, je réussis à récolter habilement un euro et sept centimes. Bonne matinée. Je partis ainsi m'acheter un peu à bouffer et un pack de bière dont le magasin discount m'autorisa à n'en prendre qu'une partie. Ils devaient connaître d'autres clochards.
Content de moi, je retourne à mon coin. Je croise comme d'habitude plein de gens qui me regardent bizarrement mais je suis indifférent. De toute façon, ils savent ce que je suis, un clochard, un raté, un exclu de la société. Et je m'assieds, tranquillement. Je mange et bois à ma volonté. Je suis heureux d'avoir le ventre plein. Comme quoi, quand on est dans la merde, on est heureux pour rien.
Et alors que l'après-midi était bien entamée, un mystérieux vieil homme vint me voir. Il avait une longue barbe, portait un pantalon kaki, un tee-shirt blanc, et un chapeau noir. Lentement, il me contempla, et lorsque je lui demandai ce qu'il voulait, il me tendit un livre, et partit lorsque je pris celui-ci dans mes mains.
Ça faisait depuis longtemps que je n'avais pas lu. En fait, ça faisait depuis les cours merdiques de français du lycée que je n'avais pas lu. Ça me faisait bizarre de voir un livre entre mes mains. Mais d'un autre côté ça me faisait plaisir. Plaisir que l'on m'offre quelque chose, plaisir parce que peut-être que ce livre me permettrait de m'évader de la vie de merde que j'ai. C'est pourquoi je ne pris pas le temps d'examiner la couverture du bouquin, je me suis tout de suite plongé dans son contenu.
Le livre parlait d'une femme, Gervaise, qui quittait son mari, Lantier, parce qu'elle était malheureuse avec lui. C'est fou comme les conditions de l'époque étaient carrément plus dures. Mais c'est surtout encore plus fou la vitesse à laquelle l'homme a changé, où l'homme est devenu égoïste. J'enviais et redoutais cette époque. Je m'évadais de l'enfer, je ressentais le plaisir de lire.
Et lorsque je levai les yeux de mon livre, je vis avec surprise que la somme d'argent qui était devant moi était considérable. Après comptage et re-comptage, je vis que j'avais bien vingt euros et quatre-vingts centimes. Je n'avais jamais vu ça. C'est pour cela d'ailleurs que j'ai laissé exprimer ma joie.
Au fond, un clochard qui lit, c'est tellement rare que les gens m'ont encouragé ou trouvait ça drôle. En tout cas je fis le projet de m'acheter régulièrement des livres car j'adorais lire. C'est dans cet état d'esprit que je fis une prière pour le vieil homme qui m'avait donné le livre, et je partis acheter de quoi manger: il était déjà huit heures.
Je décidai d'aller en grande surface. Un tel évènement, ça se fête, et pas n'importe comment. Je pris mon raccourci par les ruelles, histoire de ne pas arriver à la fermeture. Lorsque tout à coup, j'entendis une remarque au milieu de la ruelle qui me fit glacer mon sang.
" C'est lui! C'est le lecteur qui pique nos sous!"
Je compris où il voulut en venir: me voyant lire, les gens me donnaient beaucoup de sous, mais en donnaient beaucoup moins aux autres clochards. Ces derniers voulaient ma peau et mon fric.
Je pris la fuite, mais trop tard: j'étais encerclé par huit hommes. Je tentai alors une percée par le côté où le clochard semblait le plus maigre, mais manque de chance, il me retint, esquiva mes coups, et me mit à terre. Et mon corps sentit ensuite la sentence qui m'était destinée: on me brisa les côtes avec des coups de pieds incessants, qui me coupèrent également la respiration. J'étais endolori.
Et après avoir pris mon argent et mon livre, ils me laissèrent, gisant au sol, seul dans la ruelle. Malgré moi, je ne pus me relever. j'étais comme une tortue retournée sur elle-même, agitant bêtement mes pattes. La mort me hantait. Je voyais flou...
Ouais, je sais. Elle est pourrie.
Je vois au loin des personnes qui se bousculent pour le pain frais de la boulangerie. Certains sont en robes de chambres, d'autres en costar. C'est fou le nombre de vieux qu'on croise à cette heure là par rapport au nombre de ces derniers que l'on croise en pleine journée! Je me dirige vers ces gens, m'extirpant maladroitement de mon installation improvisée: peut-être pourrais-je avoir un peu de sous ou à manger.
Mais l'homme est une espèce perfide et égoïste: je n'eu le droit qu'à un croûton de pain par le boulanger qui me demanda en échange de déguerpir. Et malgré les cinq autres boulangeries où je mendie, ce fut mon seul petit-déjeuner. Après avoir fait la manche, je me suis alors dirigé vers les toilettes publiques: j'y ai croisé que j'avais déjà vu. Je commençais à avoir l'habitude des lieux. Comme moi, ils étaient des clochards, et comme moi ils étaient là pour se laver rapidement avec l'eau gelée et pour faire leurs besoins. L'air qui y était respirable avait un goût fade: d'un côté, il y avait le côté chaud du soleil d'été, mais d'un autre il y avait le côté humide qui était difficile à supporter en hiver avec l'eau gelée et que je détestais étant gosse. Cela me donnait une impression d'inhospitalité. Repensant ainsi à la dure période de l'hiver, je me mis à siffloter une chanson en sortant de ces satanés chiottes.
Et je m'assis à un bon coin que j'avais trouvé, histoire de faire la manche. Durant les quelques heures avant le déjeuner, je réussis à récolter habilement un euro et sept centimes. Bonne matinée. Je partis ainsi m'acheter un peu à bouffer et un pack de bière dont le magasin discount m'autorisa à n'en prendre qu'une partie. Ils devaient connaître d'autres clochards.
Content de moi, je retourne à mon coin. Je croise comme d'habitude plein de gens qui me regardent bizarrement mais je suis indifférent. De toute façon, ils savent ce que je suis, un clochard, un raté, un exclu de la société. Et je m'assieds, tranquillement. Je mange et bois à ma volonté. Je suis heureux d'avoir le ventre plein. Comme quoi, quand on est dans la merde, on est heureux pour rien.
Et alors que l'après-midi était bien entamée, un mystérieux vieil homme vint me voir. Il avait une longue barbe, portait un pantalon kaki, un tee-shirt blanc, et un chapeau noir. Lentement, il me contempla, et lorsque je lui demandai ce qu'il voulait, il me tendit un livre, et partit lorsque je pris celui-ci dans mes mains.
Ça faisait depuis longtemps que je n'avais pas lu. En fait, ça faisait depuis les cours merdiques de français du lycée que je n'avais pas lu. Ça me faisait bizarre de voir un livre entre mes mains. Mais d'un autre côté ça me faisait plaisir. Plaisir que l'on m'offre quelque chose, plaisir parce que peut-être que ce livre me permettrait de m'évader de la vie de merde que j'ai. C'est pourquoi je ne pris pas le temps d'examiner la couverture du bouquin, je me suis tout de suite plongé dans son contenu.
Le livre parlait d'une femme, Gervaise, qui quittait son mari, Lantier, parce qu'elle était malheureuse avec lui. C'est fou comme les conditions de l'époque étaient carrément plus dures. Mais c'est surtout encore plus fou la vitesse à laquelle l'homme a changé, où l'homme est devenu égoïste. J'enviais et redoutais cette époque. Je m'évadais de l'enfer, je ressentais le plaisir de lire.
Et lorsque je levai les yeux de mon livre, je vis avec surprise que la somme d'argent qui était devant moi était considérable. Après comptage et re-comptage, je vis que j'avais bien vingt euros et quatre-vingts centimes. Je n'avais jamais vu ça. C'est pour cela d'ailleurs que j'ai laissé exprimer ma joie.
Au fond, un clochard qui lit, c'est tellement rare que les gens m'ont encouragé ou trouvait ça drôle. En tout cas je fis le projet de m'acheter régulièrement des livres car j'adorais lire. C'est dans cet état d'esprit que je fis une prière pour le vieil homme qui m'avait donné le livre, et je partis acheter de quoi manger: il était déjà huit heures.
Je décidai d'aller en grande surface. Un tel évènement, ça se fête, et pas n'importe comment. Je pris mon raccourci par les ruelles, histoire de ne pas arriver à la fermeture. Lorsque tout à coup, j'entendis une remarque au milieu de la ruelle qui me fit glacer mon sang.
" C'est lui! C'est le lecteur qui pique nos sous!"
Je compris où il voulut en venir: me voyant lire, les gens me donnaient beaucoup de sous, mais en donnaient beaucoup moins aux autres clochards. Ces derniers voulaient ma peau et mon fric.
Je pris la fuite, mais trop tard: j'étais encerclé par huit hommes. Je tentai alors une percée par le côté où le clochard semblait le plus maigre, mais manque de chance, il me retint, esquiva mes coups, et me mit à terre. Et mon corps sentit ensuite la sentence qui m'était destinée: on me brisa les côtes avec des coups de pieds incessants, qui me coupèrent également la respiration. J'étais endolori.
Et après avoir pris mon argent et mon livre, ils me laissèrent, gisant au sol, seul dans la ruelle. Malgré moi, je ne pus me relever. j'étais comme une tortue retournée sur elle-même, agitant bêtement mes pattes. La mort me hantait. Je voyais flou...
Ouais, je sais. Elle est pourrie.


